1096, route de l’Église Québec ( QC ) G1V 3V9

1 kilo de plus. 2.2 livres. Apparement ça ne m’en prenait pas plus pour avoir à nouveau besoin de mon fix de sang
t’as jamais vu une fille démonter un rasoir avec une telle avidité
un tel appétit
(je sais pas si les vampires font ça aussi quand ils ont trop faim)
Des enfantillages des pacotilles des niaiseries
je sais plus combien de fois on me l’a dit
en langage codé
que ma douleur était de la marde
Que je devrais perdre mon temps à être heureuse
au lieu de
perdre mon temps à faire de mon corps un martyr
Mon corps est plus fort que le tien
Mon corps a survécu tellement d’incisions
de faim
de vapeurs d’alcools de psychotropes
d’amants nonchalants
Mon corps me sait masochiste
Il est patient
il est bien plus grand que moi
bien plus fort que moi
Il fait les pas; je le suis, je traîne derrière
Mais nous avançons

doucement.

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Mémoire de fille – Annie Ernaux

Don’t save her

J’étais revenue chez moi avec un livre d’Olivia Tapiero dans les poches. Je voulais
Aphélie de Mikella Nicol mais ils ne l’avaient pas. Je ne reviens jamais avec le
livre que je veux quand je vais à la bibliothèque. J’en pige un sur le présentoir
au deuxième étage.
C’est brillant, le livre. Les images sont prenantes.
Je voudrais avoir autant de talent.
Je voudrais avoir autant de contrôle.

Je me frottes les yeux ce matin et je pense que je n’arrive vraiment pas à
ressentir quoi que ce soit pour qui que ce soit.
Je n’ai ni amour
ni haine
ni colère

J’ai ton message en tête mais je n’arrive pas à sentir la haine que je me porte
Ou la colère qu’il me faudrait avoir
face aux hommes qui me prennent pour un Kleenex
Et l’amour…
Quelle lointaine idée. Quel joli conte.

 

Je me sens étrangère.

[je rêve souvent de mon corps en sang mais je ne me suis pas coupée depuis
notre rencontre en août bientôt je pourrai aller au spa sans avoir peur de moi.]

 

Fuck my soul

J’fais tout pour être belle. Du beau linge, du eye liner, du mascara puissant, des crèmes anti-âge, du fard à joue, des cheveux propres un pouch pouch de parfum pour sceller le tout. 

Pourtant je veux pas me faire dire que je suis belle.

J’haïs me faire dire que je suis belle.

J’veux pas savoir que je suis belle.

Quand j’entends que je suis belle j’entends

Montre moi tes fesses montre moi tes seins montre moi tout

Mets dans ta bouche mes doigts, mes couilles, ma queue

Laisse moi éjaculer sur ta face que je trouve belle

Et je me sens comme un accessoire 

Un objet de plaisir

C’est agréable les objets de plaisir mais

Quand on a fini avec, qu’on s’est forcé pour les laver

Ils retournent dans l’armoire et on n’y pense plus

Moi dans l’armoire sombre je pleure 

Encore.

Je préférerais ne pas avoir de corps.

N’être qu’une âme si cela existe 

Et s’il y a moyen de baiser les âmes

Je ne veux qu’on baise seulement mon âme 

Et que mon corps disparaisse.

enfances

Et depuis longtemps perdu, voilà que me revient le parfum de mes jeunes étés, les lilas et les rosiers sauvages, les trèfles en scintillement las sous le soleil de dix heure. L’air déjà moite.
Me revient ces rêves et ces histoires, devenir capitaine, devenir guerrière, devenir espionne, ne pas sentir le poids du temps, exister au milieu de rien, étaler ses heures dans l’infinité des mois de vacances scolaires. Habiter en dehors des hommes, croire à l’immortalité de son innocence.