Ta faim.

Et je me promets et je le sais, que je ne deviendrai plus jamais l’une de ces anorexiques écervelées, remplies au déni chaque matin, midi, et soir, les cheveux courts comme si ça se devait d’être subtil, je sais pertinemment ce que je fais. Je reste plus qu’une ombre, que ces entités vaporeuses et hagardes, je ne suis pas ces spectres qui passent sans soulever ni regard ni vent, pas ces fantômes sans saveur et sans nom. Je suis une poésie sombre dans l’âtre rouillé mais brûlant, je suis une prière qu’on sait vaine; le démon tapis, patient.

Sur le ventre des hivers

Les fenêtres embuées laissent l’impression des bougies presque trépasser jusque dehors

L’appartement est peut-être déserté 

Mon corps nu se languit d’un autre
J’écris à mon père ma détresse, en résumé, en pragmatique, je le vois écrire, puis effacer, puis écrire, puis effacer, puis écrire, une phrase qui tente d’être dénudée de tout ce qui pourrait provoquer une animosité 

je reconnais

je suis un animal bouillant

sous ma nature de proie facile

Avril

Il n’y a plus de poèmes

plus de mots accordés

aux temps

aux filles trop belles

à l’odeur de torréfaction des quartiers

des villages

les mots restent écrasés

comme des pulpes

entre les dents

Nous ne sommes plus à la mode

les réverbères ne nous ramènent plus chez nous

On a peint des toits d’églises

avec le sang de jeunes vieillards

leurs veines poussiéreuses

étaient vert-de-gris

ancien amour

Ces matins resteront toujours avec moi
Ton corps inanimé, éperdu de sommeil
mais ton aura intacte :

jaune
orangée

la chaleur exhalait de tout ce qui te compose

je faisais le café
laissais le bain se remplir
dans l’attente de ton émergence
dans la petite solitude
ton sommeil veillait sur moi.

entre les hertz

Il y a quelque chose d’exaltant dans les rues désertées de minuit et trois quart
La cité écoulée de ses passants, titan abandonné à sa splendeur. Nous sommes deux solitudes qui se rencontrent.

 

Message de biscuit chinois sur le pavé: « On vous admire pour votre beauté intérieure. »

J’aimerais tant dire à nouveau « je t’aime plus que tout. »

Bell cause pour la cause pis moi je cause toute seule.

La maladie mentale – c’est aussi de ne rien manger pendant deux jours et de te gaver d’une pizza au complet et d’un gros pot de crème glacée le troisième jour. C’est de ne pas arriver à dormir parce que t’as oublié un sac à l’épicerie pour un total de 7$ et que tu ne pourras pas économiser ces dollars là et tous les dollars sont comptés et tu as envie de te frapper les genoux et la tête partout pour un total de 7 crisse de dollars. C’est vomir dans l’évier, dans le lavabo, dans la toilette, dans un plat Tupperware, peu à peu, en te forçant pour faire sortir toute la bouffe mais en n’arrivant qu’à te déshydrater. La maladie mentale c’est te sentir sale quand il y a de la nourriture qui circule en toi. C’est gratter sans arrêt les cicatrices de tes cuisses de peur qu’elles ne disparaissent mais les enduire de crème le lendemain de peur qu’elles ne restent. La maladie mentale c’est ton coeur qui bat à 130 au repos, stresser, mais stresser pour quoi, parce qu’il ne se passe rien. Stresser parce qu’il y a des gens autour de toi, des situations incontrôlables, un univers de péripéties plates. Ça paraît pas, tout le monde te dit que t’as l’air tellement calme pourtant. Le docteur a pas de médicaments pour toi, tu rentre dans aucun modèle, fais de l’exercice et de la méditation comme Ima.

Je vais écouter des films tragiques et me concentrer sur la gratitude.

L’ours se dresse sur ses deux pattes, toujours silencieux mais rapide et stressé. Elle recule vivement, le plus loin possible malgré sa position assise. La bête retombe sur ses quatre pattes et renifle l’air, son attention se détourne.

 

Il ne reste rien à dire qui fasse du sens. Les torrents sont à venir dans des vies que nous ne connaîtrons pas, les oiseaux ont changé leurs mélodies d’apocalypse; tu ne deviendra jamais soldat, ou espion, ou oracle. Tu es trop blanche pour Cuba mais trop brune pour la Sibérie. Tes rêves cauchemardesques d’Halloween anglo-saxons s’essoufflent au profit des ambitions capitalistes américaines.  Tu as laissé ton coeur d’enfant momifié au milieu des articles à rabais chez Wal-Mart.