enfances

Et depuis longtemps perdu, voilà que me revient le parfum de mes jeunes étés, les lilas et les rosiers sauvages, les trèfles en scintillement las sous le soleil de dix heure. L’air déjà moite.
Me revient ces rêves et ces histoires, devenir capitaine, devenir guerrière, devenir espionne, ne pas sentir le poids du temps, exister au milieu de rien, étaler ses heures dans l’infinité des mois de vacances scolaires. Habiter en dehors des hommes, croire à l’immortalité de son innocence.

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Il faut tout écrire, tout se rappeler. Ne pas se rompre au désir de l’éphémère.

Mes pas me devancent toujours. Ils savent mieux que moi où je vais. Ils connaissent mes sentes, les courbes de tous mes méandres. Ils savent mieux que moi
que je ne vais nulle part. Tout est là, sous la peinture opaque du temps, tous les graffitis au crayon permanent, tous les hasards temporels.

 

Mes rêves la nuit sont mêlés au reste du temps. Mon être est tentaculaire
Dans la nuit mes yeux fermés sentent
ses gesticulations vaines
*Il faut n’écrire que pour soi.
– L’écriture m’aide à vivre, à mieux voir (Marie Uguay)*
(Une image ; arriver dans le Maine et s’asseoir devant l’immensité.)

 

 

What have you done to me baby?

Je m’imagine encore
la bouche pleine de ton sexe

Ma langue roule sur les interstices de ma mémoire

je me suis fait jouir une deuxième fois

en pensant à toi.

Ta faim.

Et je me promets et je le sais, que je ne deviendrai plus jamais l’une de ces anorexiques écervelées, remplies au déni chaque matin, midi, et soir, les cheveux courts comme si ça se devait d’être subtil, je sais pertinemment ce que je fais. Je reste plus qu’une ombre, que ces entités vaporeuses et hagardes, je ne suis pas ces spectres qui passent sans soulever ni regard ni vent, pas ces fantômes sans saveur et sans nom. Je suis une poésie sombre dans l’âtre rouillé mais brûlant, je suis une prière qu’on sait vaine; le démon tapis, patient.

Sur le ventre des hivers

Les fenêtres embuées laissent l’impression des bougies presque trépasser jusque dehors

L’appartement est peut-être déserté 

Mon corps nu se languit d’un autre
J’écris à mon père ma détresse, en résumé, en pragmatique, je le vois écrire, puis effacer, puis écrire, puis effacer, puis écrire, une phrase qui tente d’être dénudée de tout ce qui pourrait provoquer une animosité 

je reconnais

je suis un animal bouillant

sous ma nature de proie facile

Avril

Il n’y a plus de poèmes

plus de mots accordés

aux temps

aux filles trop belles

à l’odeur de torréfaction des quartiers

des villages

les mots restent écrasés

comme des pulpes

entre les dents

Nous ne sommes plus à la mode

les réverbères ne nous ramènent plus chez nous

On a peint des toits d’églises

avec le sang de jeunes vieillards

leurs veines poussiéreuses

étaient vert-de-gris